L’énigme Vivian Maier

C’est l’histoire extraordinaire d’une artiste géniale méconnue et de son œuvre.   Vivian  a exercé durant 40 ans le métier de gouvernante d’enfants, à New York puis à Chicago.  Mais,photographe autodidacte, elle a aussi réalisé dans ses temps de loisir, durant les années  1950 à 1980, des dizaines de milliers de clichés. Ces milliers d’images, furent  prises dans la rue et témoignent d’une grande virtuosité. Vivian meurt en 1983. Son œuvre, inconnu, conservée pendant des années dans un entrepôt  obscur, ne fut retrouvée qu’en 2009.

Le secret d’une nounou

Vivian Maier est née à New York le 1er février 1926. Son père, Charles Maier, est américain, issu d’une famille d’émigrants autrichiens et sa mère Maria Jaussaud est française. Maria fait la connaissance de Charles à New York et l’épouse le 11 mai 1919. De cette union naissent deux enfants, d’abord un garçon, Charles William, en 1920, puis une fille, Vivian, en 1926. Les parents se séparent en 1929. Le garçon est confié à ses grands-parents paternels, et Vivian reste auprès de sa mère, qui trouve alors refuge auprès d’une amie qui réside dans le Bronx. L’amie, Jeanne Bertrand,  est une photographe professionnelle reconnue. Jeanne fait découvrir à Maria et à sa fille sa passion pour la photographie.  Les deux femmes et Vivian reviennent en France. Une partie de l’enfance de Vivian, de six à douze ans,  se passe en France. Le 1er août 1938  Maria Maier et sa fille rentrent à New York, où elles s’installent à nouveau.

Le 16 avril 1951 Vivian, âgée de 25 ans, entre au service d’une famille de Southampton comme nounou. Elle restera dans cette famille pendant la majeure partie de son séjour à New-York. En 1956, elle part s’établir à Chicago où elle poursuivra son activité de gouvernante pour enfants.

À son arrivée à Chicago, Vivian est engagée par Nancy et Avron Gensburg pour prendre soin de leurs trois garçons : John, Lane et Matthew. Et c’est ce métier qu’elle exercera presque jusqu’à la fin de sa vie.

Dès qu’elle le peut, munie d’un Rolleiflex de professionnel, une  excellente caméra,   Vivian sort photographier, dans la rue, la vie quotidienne des habitants, Tout en restant au service de la famille Gensburg, qui a pourvu temporairement à son remplacement, Vivian entreprend, en 1959-1960, un voyage autour du monde.  Quand John, Lane et Matthew devenus grands n’ont plus besoin d’une nounou, Vivian Maier quitte les Gensburg et poursuit son activité de famille en famille. À partir de ce moment ses négatifs ne seront plus ni développés, ni tirés

La mère de Vivian décède en 1975. Elle vit seule désormais. Elle a 49 ans.

À la fin des années ’90, Vivian connaît de sérieuses difficultés financières. Les frères Gensburg la retrouvent vivant dans un petit appartement à Cicero.  Ils l’installent dans un appartement agréable à Rogers Park et continuent de veiller sur elle. En décembre 2008, elle glisse sur une plaque de verglas, se blesse à la tête et est emmenée d’urgence à l’hôpital. Les frères Gensburg veillent à ce qu’elle soit bien soignée et la font entrer dans une maison de retraite médicalisée. Malgré les soins reçus et l’attention affectueuse qui lui est portée par les trois frères, Vivian Maier décède le 20 avril 2009.

La plus grande partie des affaires de Vivian se trouvaient dans un entrepôt. Deux ans avant sa mort, les frais de stockage de ses cartons étant impayés, les appareils de photos, les négatifs, les bobines de films furent mis en vente aux enchères.

 

La découverte fortuite d’un jeune homme curieux

En 2007, un jeune agent immobilier, John Maloof, recherche de la documentation sur le vieux Chicago. Il achète, dans une vente aux enchères, un fonds photographique non identifié. Maloof ne connaît rien à la photo mais réalisant assez vite qu’il a mis la main sur un lot d’images exceptionnelles, Maloof prend contact avec la maison de ventes aux enchères pour retrouver les acheteurs des autres lots qu’il rachète. Il acquiert au total plus de 100 000  négatifs.

Il part en quête de l’auteur. Son enquête lui apprendra que les cartons appartenaient à une dame âgée et malade dont on ne connaît pas le nom.

Dans le lot acheté par Maloof il n’y a pas d’images de Portage Park. Déçu, il remise son achat dans un placard pendant plus de six mois avant de se rendre compte que ces images, principalement en noir et blanc, sont belles, émouvantes et superbement composées et que c’est un trésor qui mérite d’être inventorié.

En avril 2009, Maloof découvre dans un carton une enveloppe d’un laboratoire de photo portant le nom de Vivian Maier écrit au crayon. Il Google le nom et c’est alors qu’il apprend, par un avis de décès paru quelques jours plus tôt dans le Chicago Tribune, que Vivian est décédée.  Les frères Gensburg, que Vivian Maier a élevés de 1956 à 1972 et qui se sont occupés d’elle dans les dernières années de sa vie, ont fait publier la notice nécrologique.

Vivian Maier a réalisé au cours de sa vie près de 120 000 photos de rue, sans les avoir vues elle-même pour une bonne partie puisqu’elle n’a pas toujours eu la possibilité ni les moyens financiers de développer ou de faire développer ses négatifs. Elle n’a montré ses tirages à personne, n’a pas parlé de son travail et a fortiori elle n’a jamais tenté de tirer profit de ses clichés.

La reconnaissance d’une grande photographe

Depuis sa découverte extraordinaire en 2007, John Maloof se consacre à protéger l’œuvre de Vivian Maier. Il a classé ses documents et ses enregistrements audio, numérisé les quelques 150 films qu’elle a tournés, scanné et développé les négatifs de ses photos. Il a recherché et interviewé plus de soixante personnes qui avaient connu Vivian Maier parvenant ainsi à reconstituer sa vie aux États-Unis et à cerner sa personnalité. Il a créé un site internet et une page Facebook dédiés à cette grande photographe.

Texte paru chez Wikipédia

 

Photos de Viviane Maier

https://www.google.ca/search?q=viviane+meyer+photographe&tbm=isch&tbo=u&source=univ&sa=X&ei=9WHZUsvIHueBygGwpoCQCA&sqi=2&ved=0CDYQsAQ&biw=840&bih=479

https://www.youtube.com/watch?v=HWEDOnBfDUI

https://www.youtube.com/watch?list=RDHWEDOnBfDUI&v=Cbcl2MDtLp0

Advertisements

Philadelphia Wireman

The Philadelphia Wireman est le nom donné à un artiste américain inconnu qui a réalisé vers 1970, environ 1 200 petites sculptures en fil de fer. Les sculptures, retrouvées en 1982, dans une rue de Philadelphie, dans des sacs poubelles et des cartons, étaient vraisemblablement destinées au dépotoir. On ne sait rien de l’auteur ni de ses motivations, mais on pense que les pièces ont été abandonnées après sa mort. Le propriétaire de l’appartement où il habitait, croyant que les pièces n’avaient aucune valeur, les aura mise à la rue, pour que les éboueurs les ramassent.

La collection est constituée pour l’essentiel de sculptures composées de divers objets enserrés dans du fil de fer et de quelques dessins abstraits. La plupart des pièces mesurent entre 4 et 6 pouces de long. Elles tiennent confortablement dans le creux de la main, comme un talisman.

Pour réaliser ses sculptures, Wireman a étroitement enserré de fil de fer ― comme s’il avait fabriqué un exosquelette ― une quantité d’objets variés incluant morceaux de plastique, tesson de verre, emballage de nourriture, morceaux de parapluie, piles, stylos, morceaux de cuir, écrous, boulons, clous, vis, pièces de monnaie, montre, lunettes, outils, bijouterie…

Un soir, en 1982, Robert Leitch, un étudiant en graphisme, rentre tranquillement chez lui lorsqu’il aperçoit, dans une ruelle, des cartons remplis de petits objets. Il charge les caisses dans sa voiture et rentre chez lui.

Les cartons resteront dans son sous-sol durant quelques années. Au cours des ans, Leitch donne quelques pièces en cadeau. En 1985, un ami qui lui rend visite aperçoit quelques-unes une des petites sculptures sur une table. Elles lui rappellent des amulettes africaines. Il convainc Leitch de les faire voir au propriétaire de la galerie Ollman située géographiquement à quelques rues de l’endroit où les pièces furent trouvées.

Le propriétaire de la galerie enquête, mais n’arrive pas à trouver l’identité de l’exécutant. On tente de retrouver l’endroit où Leitch a trouvé les sculptures mais ses souvenirs se révélèrent très vite embrouillées. Au cours des années, plusieurs étudiants tentent d’élucider le mystère, sans résultat.

Un montant est payé à Leitch. Un contrat donne à Ollman les droits de représentation de Wireman et de la mise en marché de ses œuvres.

En 1999, des visiteurs de passage à la galerie affirment avoir aperçu un afro-américain âgé, en train de fabriquer des pièces identiques. On arrive même à situer l’individu sur la rue où furent trouvées les pièces. Aucune autre information n’est apparue depuis.

Ayant acheté la collection de Leitch en 1984 Ollman présenta les objets pour une première fois en sa galerie. Une grande hostilité accueillit la collection au début dit Ollman. On se montra très contrariés. Certains m’accusèrent d’avoir créé les pièces, d’avoir monté un arnaque. D’autres condamnèrent l’élévation d’ordures au rang d’Art. Les média refusèrent d’en parler. Aucune exposition n’avait eu lieu en musée.

Mais depuis, tout a changé. Un musée de Baltimore consacré à l’Art visionnaire a été créé tandis que plusieurs institutions, aux USA et ailleurs acceptent de monter des expositions. Au début, quelques amateurs achetèrent, les sculptures pour $100.00 dit Ollman, mais depuis, le prix des œuvres varie de $2000.00 à $9000.00.

Cara Zimmermann: directrice du Foundation for the Self Taught Artist croit que Wireman doit être un homme parce qu’une certaine force est nécessaire pour plier le fil de fer. Elle ajoute que l’auteur des pièces doit être un afro-américain parce que les pièces furent trouvées dans un quartier historiquement habité par des gens de race noire et qu’elles ressemblent à des objets rituels de culture africaine. Le «Wireman » doit être décédé et le propriétaire de son appartement a dû larguer ses possessions, jugées sans valeur, pour qu’elles soient ramassées par les éboueurs.

Les petits objets de Philadelphia Wireman ont été classés comme Art brut. L’art brut est un terme inventé par le peintre Jean Dubuffet pour désigner les productions de personnes exemptes de culture artistique. L’Art brut regroupe des productions réalisées par des non-professionnels de l’art, œuvrant en dehors des normes esthétiques convenues (pensionnaires d’asiles psychiatriques, autodidactes isolés, médiums, etc.)

Dubuffet entendait par-là un art spontané, sans prétentions culturelles et sans démarche intellectuelle. Dubuffet redéfinira souvent l’art brut, cherchant à le distinguer de l’art populaire, de l’art naïf, des dessins d’enfants.

Les Américains classent les objets de Philadelphia Wireman comme «art outsider». L’Art outsider (traduit de l’expression en anglais Outsider Art) désigne l’ensemble des créateurs marginaux, autodidactes, qui ont élaboré leurs œuvres dans la solitude et en dehors de l’influence du milieu artistique.

Les origines de l’art outsider aux États-Unis sont liées à la découverte de créateurs autodidactes et à la parution d’un livre, They Taught Themselves: American Primitive Painters of the 20th Century de Sidney Janis, paru en 1942.

Par voie d’exposition, la galerie introduisit la collection sur le marché de l’Art. Depuis, les pièces ont été montrées dans divers musées, d’art contemporains à travers les U.S.A.

N’oubliez pas mon sondage sur l’Art

Sur mon site,

www.artetpouvoir.ca

Si vous vouliez prendre quelques minutes pour y répondre, je vous serais très reconnaissant.

Merci

 

 

Arthur Villeneuve

Arthur Villeneuve, québécois, barbier de son métier, vivant à Chicoutimi au Saguenay, décida un jour d’accrocher ses ciseaux pour se mettre à peindre.

C’est suite à un sermon du curé, invitant en chaire ses paroissiens à mettre en pratique la Parabole des talents, qu’Arthur sut soudainement qu’il serait peintre. Profondément touché par les paroles du prêtre, il se mit à couvrir, de peintures et de fresques, les murs de sa petite maison de la rue Taché.

Arthur, naît le 4 janvier 1910 à Chicoutimi. Issu d’une famille ouvrière, c’est ― comme beaucoup de jeunes québécois de l’époque ― avec seulement une troisième année scolaire dans ses bagages qu’à l’âge de 14 ans il se procure un permit de travail. Il entre alors à la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, en tant que journalier. Il devient bientôt aide-cuisinier dans un camp de bûcherons. En 1926 il sera apprenti barbier à l’hôpital de Chicoutimi.

En 1930, Arthur se marie. Son épouse décèdera en 1943 après avoir mis au monde trois enfants. En 1945 Arthur se remarie avec Hélène Morin qui, avec verve, le suivra jusqu’au bout dans les temps sombres de l’incompréhension et des mesquines railleries du public comme dans les moments de gloire.

Dès 1946, Arthur exécute en autodidacte ses premiers dessins dans un cahier d’écolier et réalise quelques modèles réduits qu’il nomme ses ” chef-d’oeuvrages ” Ses premières toiles peintes remonteraient à 1953. En 1957, le barbier abandonne son métier pour se consacrer entièrement à la peinture. Il se donne alors 15 ans pour passer à la postérité.

Il entreprend alors de recouvrir les parois de sa maison de fresques colorées illustrant l’histoire régionale, la géographie locale et sa vision du monde. Tout un bestiaire d’être étranges et démoniaques, émane alors de son délire créatif étonnant pour se répandre sur les parois de la maison.

Il recouvre d’abord l’intérieur du logis. Pendant 23 mois, il travaillera jusqu’à 100 heures par semaine pour peindre les 510 m2 de surface que représentent les murs intérieurs, les plafonds et les deux façades de sa demeure située au Bassin, un quartier populaire de Chicoutimi.

C’est au grand désespoir de ses voisins, qu’Arthur entreprend ensuite d’orner les murs extérieurs de sa demeure. On ne comprend pas la passion qui l’habite et le pousse à travailler sur si étrange projet. Pour eux, c’est un fou dont la «cabane» ― pourtant une maison québécoise construite à la fin du XIXe siècle ― dépare le quartier. Bien qu’elle soit objet de raillerie dans la rue et la région, la résidence des Villeneuve attire bientôt l’attention des touristes.

En 1959, Arthur ouvre sa maison au public. Dans son musée, Hélène, sa femme, accueille les visiteurs et leur explique la démarche de son mari avant de leur présenter ce dernier, un petit homme timide et réservé. Un des plaisirs de l’exposition est justement une vidéo nous permettant d’assister à l’une de ces visites et d’entendre Hélène se plaindre de manquer d’armoires.

Voir absolument la vidéo. http://www.nfb.ca/film/villeneuve_peintre-barbier

Artiste prolifique, Arthur Villeneuve a également réalisé au cours de sa vie de nombreux dessins et tableaux. Le Musée des beaux-arts de Montréal organise une importante rétrospective de son oeuvre en 1972; l’année même où Arthur est décoré de l’Ordre du Canada. Art naïf ou peut-être art brut, les œuvres créées par Arthur Villeneuve paraissent de source traditionnelle ou pittoresque au premier abord, mais possèdent parfois une touche surréaliste.

Pendant les années 1990, on assiste à un débat sur la propriété des Villeneuve et la protection de cette maison, qui est alors considérée comme faisant partie du patrimoine culturel québécois. Reconnue comme trésor national par le gouvernement canadien en 1993, la maison du peintre Arthur Villeneuve fut déménagée au musée de la pulperie de Chicoutimi. On a littéralement construit la remorque sous la maison et on y a ajouté les roues avant d’entreprendre le trajet. C’est toute la population de Chicoutimi en émoi qui suivit, au jour le jour, le lent voyage de 1,4 kilomètres, entrepris par la « maison de l’artiste » vers l’ancien complexe industriel de La Pulperie de Chicoutimi où elle occupe désormais une place unique dans l’histoire artistique québécoise du XXe siècle.

Déjà, à sa mort, en 1990, Arthur Villeneuve était convaincu que sa maison serait un jour déménagée. Il en avait été question une première fois en 1967, lors de l’Exposition universelle de Montréal. Puis, à la fin des années 1980, un professeur de l’Université du Québec à Chicoutimi, Denys Tremblay, avait presque réussi à amener une cloche de verre qui accueillerait la maison sur le site du vaste parc du Vieux-Port récemment complété en bordure du Saguenay.

Le déménagement, effectué à grands frais ne s’est pas effectué sans heurt. La facture totale s’élève à près de un million de dollars, dont 450 000$ pour l’acquisition et les droits d’auteurs, le reste pour le transport, la restauration et la mis en valeur.

Les nombreux opposants à ce « gaspillage éhonté » ont monopolisé les ondes des radios locales et le débat s’est même déplacé jusqu’aux abords de la maison où certains en sont presque venus aux coups, sous les yeux consternés des membres de la famille Villeneuve.

L’Art naïf peut s’exprimer à travers différentes formes d’art, dont la peinture, la sculpture et l’architecture, et se dissocie généralement de tout enseignement académique. Il se caractérise fréquemment par une représentation candide du quotidien et par l’utilisation de couleurs vives et pures.

Les artistes naïfs sont autodidactes et leurs œuvres sont souvent empreintes d’une sorte de simplicité enfantine. Ils témoignent également d’une grande spontanéité. Parce que les règles et les techniques de l’Art sont ignorées, la perspective est généralement absente de la peinture naïve, bien qu’on note un soin particulier porté aux détails.

Le terme « art naïf » aurait été utilisé pour la première fois pour désigner les œuvres d’Henri Rousseau, qui avouait ouvertement ne rien comprendre à la perspective. Parmi les autres artistes naïfs reconnus, on retrouve Ferdinand Cheval, Séraphine Louis, Adolphe-Julien Fouéré et André Demonchy.

Voir des oeuvres d’Arthur Villeneuve sur mon site

http://www.artetpouvoir.ca

Surtout n’oubliez pas de participer à mon sondage

Merci

Paul-Émile Borduas

ImagePaul-Émile Borduas naît le 1er novembre 1905 dans le village de Saint-Hilaire, près de Montréal. Dès son enfance, il veut être peintre, mais sa famille n’a pas les moyens de lui payer ses études. C’est en fréquentant l’église du village, par le biais des travaux de restauration du réputé peintre-décorateur Ozias Leduc, que le jeune Borduas découvre l’Art. Leduc accepte de le prendre comme apprenti et l’initie à la décoration d’églises. Nous sommes en 1921. Borduas a 16 ans. Leduc encourage son apprenti à s’inscrire à l’École des beaux-arts de Montréal. Au cours des sept années qui suivront, Borduas continuera d’assister Leduc dans son travail tout en suivant des cours à l’École technique de Montréal et aux Beaux-Arts.

En 1927, Leduc obtient de Mgr Olivier Maurault, alors curé de Notre-Dame à Montréal, les crédits nécessaires pour envoyer son protégé étudier aux ateliers d’art sacré, à Paris. En 1928, après une brève période d’enseignement dans des écoles primaires de Montréal. Borduass’embarque pour la France. Il y restera durant deux ans. Ce séjour lui permet de découvrir les œuvres des peintres européens dont Cézanne qui aura une influence déterminante sur ses œuvres de jeunesse.

À son retour au Québec, le pays est plongé dans la Crise économique. Sans travail, Borduas pense devoir s’exiler en Amérique du sud quand il reçoit une offre d’emploi comme professeur de dessin à l’École du meuble. Il y demeurera jusqu’en 1948. Parmi ses étudiants, se trouve Jean-Paul Riopelle.

En 1939, Borduas fonde, avec John Lyman et Robert Élie, la Société d’art contemporain Il entend promouvoir ainsi l’art abstrait au Canada. Il songe à faire de Montréal la plaque tournante d’une École picturale aussi prestigieuse et influente que l’École de Paris ou celle de New-York.

Son influence va grandissant auprès de jeunes peintres étudiants de l’École du Meuble. C’est ainsi qu’il devient chef de file du mouvement automatiste.

En lisant « L’Amour fou » du surréaliste André Breton, Borduasdécouvre le fameux conseil de Léonard de Vinci enjoignant ses élèves à regarder longuement un vieux mur pour y voir apparaître dans ses craquelures et ses taches des formes que le peintre n’a qu’à copier par la suite. Borduas recrée le « vieux mur » de Léonard en traçant spontanément sans idée préconçue quelques traits qui serviront de canevas à l’application de l’huile ou de la gouache. Il commence à réaliser des œuvres abstraites, devenant davantage intéressé par l’acte de peindre que par les thèmes. Il rejette toute forme de préparation, comme le choix du sujet ou les esquisses, pour se concentrer uniquement sur les émotions du moment et les pulsions inconscientes.
De ces gestes automatiques, surgit le concept de l’automatisme pictural. Son tableau « Abstraction verte » (1941) est la première œuvre automatiste de Borduas.

En août 1948, Borduas publie le manifeste Refus global, une critique sévère de la culture canadienne-française. Refus Global dénonce la vieille idéologie conservatrice et proclame la nécessité d’une plus grande ouverture aux courants de la pensée universelle.

Le refus global


Refus Global c’est la source de la Révolution tranquille. Dans « Refus global », Borduas remet en question l’autorité de l’Église, accuse le gouvernement du Québec de garder la province dans la « grande noirceur » et exhorte les Québécois à rejeter cette existence rétrograde : à refuser d’obéir comme des moutons à l’autorité établie. Les Canadiens-français doivent abandonner leur vieille culture et en créer une nouvelle, fondée sur les émotions, les sensations et, sur ce qu’il appelle « la magie. »
À l’époque, l’Église catholique au Québec contrôle tout le système éducatif. Elle a une influence considérable sur le monde politique et judiciaire. Ces attaques contre le clergé et la classe politique de droite sous l’emprise du Premier ministre Maurice Duplessis lui valent son congédiement de l’École du meuble.

New York


Privé de ses moyens de vivre, Borduas part pour New York en avril 1953. Là, pense-t-il, son expérimentation artistique pourra se faire en toute liberté. Là-bas, ses œuvres circulent davantage, tant localement qu’à l’étranger. Il participe à des expositions à New York, à Philadelphie; il participe à la XXVIIe biennale de Venise. En octobre 1954 il revient à Montréal présenter l’exposition à la galerie Agnès Lefort.

Il fait la rencontre de Jackson Pollock, Franz Kline et plusieurs autres peintres expressionnistes. Influencé par le néo-plasticien hollandais Piet Mondrian, mais également par le « suprématisme » (carré blanc sur fond blanc) du Russe Kasimir Malevitch, le style de Borduas subit des transformations radicales. Ses tableaux connaissent une épuration de signes qui va jusqu’à leur disparition. Il en résulte des aplats de pâte plus prononcés et une tendance chromatique vers le noir et blanc. C’est à New York que Borduas commence à utiliser le couteau à palette exclusivement pour appliquer la peinture.
Mais à New York, il y a aussi Jean-Paul Riopelle. L’ex-élève de Borduas, est beaucoup plus connu que son professeur. La critique américaine consciente que Borduas a été le maître de Riopelle, ne peut s’empêcher de s’enthousiasmer davantage pour la peinture de Riopelle, ce qui contribua à éloigner un de l’autre les deux québécois.

Malgré ses succès sur la scène new-yorkaise, en 1955, Borduas décide de s’installer à Paris où il espère être mieux reconnu. Mais il ne rencontrera jamais le succès espéré. Même si sa carrière internationale se porte bien ― ses œuvres circulent à New York, en l’Australie, à Londres, ainsi qu’à Dusseldorf, Genève et Cologne ― il n’obtient sa première exposition à Paris qu’en 1959, quatre ans après son arrivée. De plus, Borduas s’ennuie à Paris et sa santé décline.

C’est pourtant à ce moment dans un sursaut de créativité qu’il peint « L’Étoile noire », son chef d’œuvre. Typiquement une icône de l’expressionnisme abstrait, « L’Étoile noire » reflèterait les angoisses existentielles de la première génération post-atomique; : la population mondiale décimée par les quelques millions de morts de la Seconde Guerre mondiale et de la Guerre de Corée, sans oublier les corps calcinés de Hiroshima et Nagasaki. Borduas est de plus en plus désabusé.

Il adopte un style de plus en plus calligraphique, en accord avec son projet d’un nouvel exil, cette fois-ci au Japon. La recherche artistique de Borduas se termine prématurément avec « Composition 69 », tableau où la quasi-totalité de la toile est recouverte par des empâtements noirs, imposants qui s’imbriquent jusqu’à constituer un quasi monochrome noir mortuaire. En haut du tableau, quelques fissures laissent filtrer un peu de blanc comme une sorte d’appel cosmique.
Le 22 février 1960, Borduas s’éteint à Paris, dans son atelier, victime d’un malaise cardiaque.

Voir d’autres toiles de Borduas

http://issuu.com/nuarinc/docs/borduas

 

Sur mon site,

www.artetpouvoir.ca

vous trouverez un sondage sur l’Art. Si vous vouliez prendre quelques minutes pour y répondre, je vous serais très reconnaissant. Si vous vouliez le dire à vos ami(e)s  afin qu’ils y répondent aussi, ce serait fantastique !

Merci beaucoup

Pierre Leclerc